Francis Couvreux, Accordéon & Accordéonistes

Zwolle, Doopsgezinde kerk

comme un enfant montre une belle coquille

Jean-Pierre Guiran, c'est un nom français, ça, non ? Où es-tu né ? Oui, bien sûr, c'est un nom français. Mes ancêtres, selon la ligne masculine, sont venus de Saint-Pierre-église, en Normandie. Notre famille en France s'appelle Guerrand. Moi, je suis né aux Pays-Bas, à Flessingue (Vlissingen en néerlandais), un port dans le sud. J’ai grandi avec un tic français. On interprétait des chansons françaises populaires. On mangeait et on buvait des produjts français. On allait en vacances en France, on avait des amis français.

Comment as-tu rencontré l'accordéon ? Quelle est ta formation et quels sont les accordéonistes que tu affectionnes ? Chez nous, nous avions un harmonium dont j'ai appris à jouer moi- même . Pendant mes études de physique à Utrecht, j'ai rencontré un étudiant qui avait un accordéon. Et j'ai découvert que je pouvais jouer de cet instrument presque tout de suite. Mes premières compositions, comme Helena, sont nées pendant cette période. Depuis plusieurs années, cette mélodie aussi bien que le morceau Parade des poules sont utilisés par le groupe hip hop français Accrorap dans leur spectacle réussi "Petites histoires.com". La musique m'intéressait de plus en plus et la physique de moins en moins. J’ai suivi une formation au conservatoire d'Amsterdam, avant de continuer en autodidacte. Internet n'existait pas mais il y avait un excellent rayon musique dans une bibliothèque d'Utrecht. J’y ai emprunté tout ce que suscitait mon intérêt: blues, folklore, classique, jazz, musique populaire française ... Je n'ai pas écouté beaucoup d'accordéonistes ; le seul qui sortait du lot, pour moi c'était Gus Viseur, un musicien plein d'idées originales.

Avant Accordéon Mélancolique, tu as évolué au sein du groupe swing musette Polytour et du Bubblin' Toorop Trio, enregistrant avec eux plusieurs excellents disques. Peux-tu nous parler de cette aventure ?

Deux personnes furent importantes dans ma décision de dédier ma vie à la musique: Lembosh Wilca et Koen de Cauter. En voyant Koen De Cauter en spectacle avec Waso dans un petit club à Utrecht, j'ai pensé: “Voilà la musique que je veux faire!” Lembosh Wilca, violoniste tzigane, est le premier musicien qui m'a montré qu'il était possible de gagner de l'argent en jouant. Pendant deux ans, j'ai fait beaucoup de musique avec lui, jusqu'à sa mort. Avant de mourir d'un cancer à l'âge de 60 ans, il m'a présenté à Wilco Jordi, violoniste de jazz et guitariste-chanteur du Bubblin' Toorop Trio. J’ai travaillé avec eux durant des années, apprenant pendant cette période les improvisations de jazz. J'ai beaucoup joué, également dans un grand groupe latin . Et j'ai commencé à faire de la musique avec Cherie de Boer, ma partenaire depuis longtemps au sein d'Accordéon Mélancolique. Après avoir fait mes classes musicalement avec le Bubblin' Toorop Trio, j'ai décidé de former mon propre groupe, Polytour. Mon idée était de laisser swinguer des chansons françaises sur des rythmes d'un quartette à la Hot Club de France, avec accordéon. Dès le départ, nous avons eu pas mal de succès avec Polytour.

Comment le duo Accordéon Mélancolique s'est-il formé et pourquoi ce nom ? Après la mort de Lembosh Wilca, je continuais à recevoir des appels téléphoniques pour des schnabbels ("à côtés") pour deux personnes. Cherie de Boer n'aimait pas le travail qu'elle faisait à l'époque. Aussi, elle a fait des efforts afin d'améliorer son niveau à l'accordéon, instrument dont elle avait joué étant jeune fille. Nous avons alors joué ensemble dans des fêtes et mariages. Après douze années, en 1998, nous avions atteint le niveau suffisant pour notre premier concert ensemble et enregistrer notre premier disque, "L'imparfait du cœur". Ce succès dure jusqu'à aujourd'hui. Le nom Accordéon Mélancolique a été inventé par l'imprimerie qui a imprimé nos premières cartes de visite. Le duo a sorti six CDs en autoproduction.

N'avez-vous pas essayé de démarcher des labels? Vivez-vous de la musique ? Oui, j'ai essayé de démarcher des labels mais je suis heureux de n'avoir jamais réussi. Car depuis iTunes et la possibilité de télécharger légalement des mp3, nous avons gagné pas mal d'argent. 70 % pour les artistes! C'est mieux que le 2 ou 3 % qu'on reçoit d'un label. Nous vivons de là musique depuis 1985. À part les cachets des concerts, on vend des CDs, mp3 et des partitions dans le monde entier. On reçoit aussi de plus en plus de droits pour l'utilisation de notre musique dans des films, des documentaires, de la danse, du théâtre ainsi que dans la publicité à la télévision.

Vous accordez beaucoup d'attention à la mélodie, tant dans vos diverses reprises que dans vos compositions. Comment travaillez-vous et comment définissez-vous votre musique ? Je pense mélodie. Je sens et vois presque la force entre la mélodie et l'harmonie. L'harmonie qui chasse la mélodie et vice-versa. Je n'entends pas de grandes choses orchestrales mais l'élégance et la pureté du mouvement de la mélodie, c'est ça. En tant que compositeur, je travaille comme de nombreux autres ouvriers créatifs, par ondes d'activité. Parfois, je travaille durant des heures, des jours, en oubliant le temps. Parfois, je ne fais rien pendant des semaines, traversé par des sentiments sombres et mélancoliques. De temps à autre, je sens une urgence d'exprimer mon humeur, mes émotions sur un instrument. Et si je suis dans un environnement où il n'y a pas un piano, un accordéon, une guitare ou une flûte, je me sens désespéré.

Dans quels genres d'endroits vous produisez-vous en Hollande ? Au cours des dernières années, la plupart de nos activités sur scène sont des concerts, parfois dans le cadre d'un festival, surtout en Hollande mais aussi à l'étranger. Par exemple, en avril dernier, nous avons joué les hymnes néerlandais et égyptien (et beaucoup d'autres musiques) à l'ambassade néerlandaise du Caire pour deux cents diplomates internationaux.

N’arrivez-vous pas à vous lasser de cette formule à deux accordéons ? L’idée de deux accordéons n’est pas sacrée et je ne sais pas ce que ce sera dans l’avenir. En dehors de ce duo, je fais toujours de la musique avec d'autres musiciens, chanteurs, etc. Quelque chose à ajouter ? En général, je me sens très privilégié de pouvoir faire ce que je fais: chercher la beauté et la montrer au monde comme un enfant montre une belle coquille.

Propos recueillis par Francis Couvreux, Accordéon & Accordéonistes

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